samedi 18 avril 2009

Tea Parties (2)

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Les Tea Parties continuent aux Etats-Unis. A l'occasion de la date butoir pour rendre ses feuilles d'imposition jusqu'à 250,000 personnes auraient protesté contres les politiques fiscales de Barack Obama. Mini-scandale politique: le gouverneur de l'Etat du Texas a même évoqué une sécession "si Washington continue à faire un pied-de-nez au peuple américain".

La menace serait peut-être comique si elle n'était pas représentative d'un problème profond, non seulement aux Etats-Unis, mais aussi en Europe et en France. Il y a pour le citoyen lambda une révolte grandissante contre le principe même de l'impôt. A sa source, un libéralisme extrême visant à supprimer, ou du moins à réduire au maximum, l'Etat.

Pourquoi cette haine de l'Etat? Les réponse sont malheureusement trop nombreuses: politiciens démagogues et profiteurs, gaspillages de l'argent public, administrations et bureaucraties aussi inefficaces que condescendantes, insuffisances des services publics... Bien que les critiques faites au système étatique soient souvent exagérées, elles ont toujours à la base une expérience bien concrète, une déception ou une amertume légitime.

A l'autre extrême, le gouvernement Obama incarne pourtant une politique aussi socialiste qu'il est possible de mener aux Etats-Unis. Cette fois c'est le pouvoir économique qui est visé: PDG sans scrupules, licenciements abusifs, gaspillage des matières premières et désastres écologiques, cupidité démesurée, baisse de la qualité de produits ou de services... etc. Là encore, on ne peut nier la justesse des propos pour dénoncer un pouvoir trop souvent néfaste.

Au centre des deux mouvements, une même critique: celle de tout pouvoir considéré comme arbitraire, de toute condescendance réelle ou perçue d'organisations (Etat, administrations & entreprises) incontournables pour l'individu au quotidien. En d'autres termes, une vision des choses finalement très commune, mais dont les diagnostics et les solutions diffèrent. Un symptôme de nos sociétés modernes dans lesquelles chacun réclame à sa façon plus de considération, de respect et d'humanisme.

Pourtant, bien peu d'activistes dans les deux mouvements peuvent offrir une alternative viable à l'existence d'organisations prenant en charge une partie de leur quotidien. Si l'individu est au coeur des deux mouvements, personne ne semble prêcher une augmentation des responsabilités et des devoirs individuels pour contrebalancer les pouvoirs en place. En somme, on s'entend pour déléguer les responsabilités, mais en réclamant une efficacité et une attention impossibles à obtenir du fait même de la délégation. Une équation impossible à résoudre en apparence, tant que les critiques se traduiront avant tout par la protestation.

Les solutions viables pourtant ne manquent pas: décentralisation des pouvoirs publics, gestion collective des entreprises économiques, démocratie participative... etc. Mais un tel changement de paradigme impliquerait une prise de conscience collective sur les mécanismes de nos sociétés, et surtout, beaucoup plus d'efforts au niveau individuel. Un pas que l'immense majorité n'est pas prête à faire, puisqu'il faudrait renoncer à un grand nombre de petits conforts personnels ; il est considérablement plus facile de critiquer les impôts ou les profits que de prendre en main la gestion collective des ressources et des services d'une société, de critiquer nos élites en somme, plutôt que de les remplacer. A terme cependant, ces mouvements trouvent leurs limites: in fine, ni le socialisme ni le libéralisme ne peuvent valoriser l'individu plus qu'ils ne l'ont déjà fait. Car l'humanisme n'est pas l'affaire d'organisations ou d'idéologies, mais bien l'affaire des hommes, de chacun, au jour le jour. Et pour recevoir le respect que l'on estime mériter, il faut -hélas- immanquablement commencer par le donner soi-même.

Sources:
The New York Times:Weekend Opinionator: "Tea Parties, to the Extreme" par Tobin Harshaw. 17/04/09
The New York Times: "Twitters From Texas" par Gail Collins. 18/04/09
Le Monde: "Les conservateurs américains organisent des "tea-parties" anti-Obama". 16/04/09

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